Défendre le changement : le parcours d’Aditi Sivakumar pour autonomiser les femmes et les enfants confrontés à la violence

Défendre le changement : le parcours d’Aditi Sivakumar pour autonomiser les femmes et les enfants confrontés à la violence
Défendre le changement : le parcours d’Aditi Sivakumar pour autonomiser les femmes et les enfants confrontés à la violence

Ce qui a commencé comme un heureux hasard a mené Aditi Sivakumar, résidente en médecine et philanthrope, sur la voie du leadership de campagnes de plaidoyer à l’échelle mondiale. Depuis sept ans, elle redéfinit la défense des droits des femmes par l’innovation, l’engagement communautaire et un leadership inclusif. Cette année, elle a reçu le Prix Impact social 2025 d’Ascend Canada, qui reconnaît son engagement à autonomiser les femmes, les jeunes et les voix issues de groupes sous-représentées.

Ressources et informations

My Empowerment Platform: plateforme de soutien pour les femmes et les filles confrontées à la violence

PMNCH for Women’s, Children’s and Adolescents’ Health: la plus grande alliance mondiale consacrée à la santé, au bien-être et aux droits des femmes, des enfants et des adolescents

Guide de coloscopie: destiné aux patientes atteintes du VPH et du cancer du col de l’utérus

Prix Community Hero – Canada’s Walk of Fame

Prix Diana Award Legacy

Un appel qui a changé sa vie

Un après-midi, alors qu’elle dînait avec sa mère, le téléphone d’Aditi Sivakumar a sonné. Le numéro commençait par +44 — Londres, Angleterre.
« Je ne connais personne à Londres », a-t-elle pensé, laissant le téléphone sonner trois fois avant de décrocher finalement.

Au bout du fil se trouvait un représentant du Diana Award. Le prince William avait entendu parler de son travail communautaire — notamment ses livrets de ressources destinés aux femmes et aux jeunes confrontés à la violence — et souhaitait la reconnaître comme la première Canadienne récipiendaire du Legacy Award. Quelques semaines plus tard, elle prenait l’avion pour Londres et se rendait au palais de Kensington pour recevoir ce prix.

Le moment était surréaliste. Se souvenant de sa rencontre avec le prince William, elle raconte :
« Il voulait vraiment comprendre ce que je faisais, puis il m’a demandé ce que je comptais faire ensuite. Je n’avais pas vraiment de réponse… et je me souviens qu’il m’a dit que je devais rêver plus grand. »

Ce défi — rêver plus grand — allait définir tout ce qui allait suivre.

L’étincelle qui a tout déclenché

En 2018, Sivakumar était une aspirante étudiante en médecine à Ottawa qui cochait toutes les cases pour renforcer sa candidature : stages, études, bénévolat. Elle a postulé pour ce qu’elle croyait être un programme d’aide aux devoirs pour enfants. Mais, en raison d’une erreur, sa candidature a été envoyée au Programme de soutien par les pairs, qui plaçait des bénévoles dans des refuges pour femmes victimes de violence conjugale.

Lorsqu’elle l’a appris, elle a eu peur. Ce type de travail sortait de sa zone de confort.
« Je ne savais pas si j’étais la bonne personne pour ce poste, mais j’ai toujours été passionnée par la lutte contre la violence fondée sur le genre, alors j’ai vu là une occasion à saisir. »

Dire oui à ce poste a été un tournant. À Chrysalis House, un refuge local, elle a commencé à donner du tutorat aux enfants et à organiser des activités pour favoriser les liens entre mères et enfants — de la décoration de cupcakes à un service de manucure pour les résidentes. À travers ses conversations, elle a constaté un écart clair entre les services souhaités et ceux réellement accessibles.

Pour combler cet écart, elle a demandé une petite subvention de 750 $.
« À ce moment-là, j’avais l’impression d’être riche », plaisante-t-elle. Avec ce montant, elle a créé les My Empowerment Packs — des trousses de bien-être contenant le premier livret communautaire de ressources d’Ottawa destiné aux femmes confrontées à la violence ou aux jeunes en situation d’itinérance. Ces trousses contenaient des listes claires et accessibles de ressources en logement, éducation et emploi.

Les livrets ont rapidement gagné en popularité et ont attiré l’attention de centaines d’organismes, ce qui a finalement mené à l’appel de Londres et planté les graines d’une vision encore plus grande.

Conseil de carrière : Les occasions qui vous effraient sont souvent celles qui vous font le plus grandir. Acceptez-les, même si vous ne vous sentez pas encore « prêt·e ».

Étendre le plaidoyer pendant la pandémie

Au début de 2020, les confinements liés à la COVID-19 ont frappé le Canada, et les taux de violence domestique ont grimpé en flèche. Chrysalis House, déjà sous-financé, a dû faire face à encore plus de difficultés.

« Quand on aime quelque chose, c’est difficile de le voir souffrir », confie Sivakumar. Elle a commencé à réfléchir à des façons d’étendre son plaidoyer au numérique, pour que les femmes de tout le pays puissent accéder à l’aide, même en confinement.

Elle a rappelé l’équipe du Diana Award :
« Vous m’avez dit de rêver plus grand. Maintenant, j’ai une idée. »

Avec leur aide est née la My Empowerment Platform — un portail national en ligne offrant des ressources médicales, juridiques et éducatives aux femmes et enfants confrontés à la violence, accessibles d’un océan à l’autre. La plateforme s’est développée grâce à des partenariats avec Canada’s Walk of Fame et L’Oréal Paris, permettant de soutenir 13 organismes, un dans chaque province et territoire.

Quand le plaidoyer rencontre l’innovation

Pour Sivakumar, le plaidoyer au 21ᵉ siècle doit intégrer la technologie et les médias. « Si vous voulez changer les choses, ce n’est pas le nombre d’articles que vous écrivez ou de discours que vous donnez qui compte. C’est votre capacité à toucher les gens par une histoire. »

Elle a mis cette idée en pratique à travers de plusiers initiatives d’éducation a la santé, nottament :

  • Une brochure sur la colposcopie pour les patientes atteintes du VPH et du cancer du col de l’utérus, approuvée par l’Autorité sanitaire de la Nouvelle-Écosse
  • Une animation sur la santé sexuelle et reproductive, traduite en 11 langues, destinée à aider les nouveaux arrivants et réfugiés à comprendre leurs droits en matière de santé
  • Une vidéo sur les unités de naissance, financée par She Decides, adaptée aux populations diversifiées

Pour elle, l’accessibilité ne concerne pas seulement le contenu, mais aussi la langue, le format et la pertinence culturelle. « Le savoir, c’est le pouvoir — et on ne peut pas changer ses soins de santé sans avoir accès à ce savoir. »

Conseil de carrière : Pour avoir un impact, allez à la rencontre des gens là où ils se trouvent. Utilisez les outils et formats auxquels ils font déjà confiance.

Un leadership sur la scène mondiale

L’influence de Sivakumar dépasse largement les frontières du Canada. Elle est devenue la plus jeune vice-présidente du conseil d’administration du Partnership for Maternal, Newborn & Child Health (PMNCH) de l’Organisation mondiale de la santé, travaillant aux côtés de leaders comme Helen Clark, ancienne première ministre de la Nouvelle-Zélande.

Dans ce rôle, elle a coprésidé le Global Forum for Adolescents et co-dirigé la campagne 1.8 Billion Young People for Change — la plus grande campagne mondiale pour le bien-être des adolescents. L’initiative combinait l’innovation numérique, comme un chatbot WhatsApp pour recueillir les priorités des jeunes, à une mobilisation sur le terrain pour atteindre les communautés sans accès Internet.

Sa question directrice :
Comment faire en sorte que les voix qui ne sont jamais entendues aient une place à la table des décisions?

Conseil de carrière : Le leadership inclusif ne consiste pas seulement à inviter des voix diverses dans la salle — il s’agit de structurer la salle pour que ces voix puissent être entendues.

Le pouvoir du savoir et de la communauté

De la première subvention de 750 $ aux outils de plaidoyer à grande échelle, le travail de Sivakumar est guidé par sa conviction que le savoir est un pouvoir. Elle veut que chaque femme et chaque enfant confronté à la violence connaisse ses droits, ses options et ses ressources — et se sente habilité à choisir sa propre voie.

Lorsqu’elle repense à son parcours, un thème se démarque : la communauté.
« Je ne serais pas ici aujourd’hui sans chacune des personnes de Chrysalis House qui m’a inspirée à m’engager contre la violence fondée sur le genre. »

Son chapitre le plus récent inclut son arrivée dans la communauté d’Ascend Canada.
« Des communautés comme Ascend Canada sont essentielles, car elles vous mettent en relation avec des personnes qui ont déjà surmonté des défis et peuvent vous aider — ou, si elles ne le peuvent pas, elles vous dirigent vers quelqu’un qui le peut », dit-elle.

Aujourd’hui, en tant que récipiendaire du Prix Impact social d’Ascend Canada, elle espère être ce lien pour les autres — aidant la prochaine génération de leaders panasiatiques à trouver leur passion, à bâtir leur réseau et à réaliser leur potentiel.

Conseil de carrière : Construisez avec votre communauté, pas seulement pour elle. Le changement durable est un effort collectif.

Un conseil simple : trouvez votre passion

Au début de son parcours, Sivakumar n’avait pas de mentors qui lui ressemblaient.
« Je n’avais aucun modèle sud-asiatique ou panasiatique pour me guider dans le plaidoyer », dit-elle. Cette absence a rendu le chemin plus solitaire — et c’est pourquoi elle encadre maintenant d’autres personnes.

Son conseil aux professionnels panasiatiques qui souhaitent avoir un impact : trouvez votre passion.
« Puis foncez », dit-elle.
« Parfois, nous sommes nos pires ennemis — nous doutons tellement de nous-mêmes. On se dit : “Pourquoi moi?” Je dis : “Pourquoi pas toi?” »

Conseil de carrière : Si vous ne trouvez pas le mentor dont vous avez besoin, devenez ce mentor pour quelqu’un d’autre.

Bien que son histoire ait commencé par une erreur de bénévolat, Aditi Sivakumar a transformé cette circonstance en une carrière marquée par le leadership social, la défense des droits des femmes et l’innovation en santé. Alors qu’elle poursuit sa formation médicale et son travail de plaidoyer, son message aux futurs agents de changement est clair et simple :
« Acceptez le poste que vous ne pensiez pas mériter. Postulez pour le rôle que vous désirez. Lancez le projet qui vous enthousiasme. Nous sommes bien plus puissants que nous ne le croyons — et vous ne le saurez jamais si vous n’essayez pas. »